L’USURE (ANALYSE MATÉRIALISTE ET THÉOLOGIQUE)

La religion n'est pas toujours comprise, en parler voire critiquer permet parfois de mieux la comprendre. Attention, cette zone n'est pas ici pour régler ses comptes ou cracher sa haine envers l'autre, modération stricte!

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sankara de Nazareth
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L’USURE (ANALYSE MATÉRIALISTE ET THÉOLOGIQUE)

Message non lu par sankara de Nazareth » mar. 21 janv. 2014 08:40

un texte qui me semble important ...
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Introduction : état de la question

Qu’est-ce que l’argent ? Qu’est-ce que le commerce ? Qu’est-ce que la création monétaire ? Les réponses que nous donnons à ces questions révèlent le type de religion dans lequel nous vivons. Le système monétaire actuel repose, en dépit du bon sens, sur l’usure. Comme le dénoncent de nombreux observateurs, le défaut fondamental du système financier actuel est que tout l’argent qui existe est créé par les banques sous forme de dette : les banques créent de l’argent nouveau, de l’argent qui n’existait pas auparavant, chaque fois qu’elles accordent un prêt. Ce prêt doit être remboursé à la banque, mais grossi d’un intérêt. Ce mécanisme existe en France depuis 1973 (Loi Pompidou-Giscard) (1) et depuis 1913 aux États-Unis.
Alors qu’avant 1970, l’argent consistait en métal précieux tel que l’or, il a été remplacé par un système de simple comptabilité : des chiffres sur du papier. L’argent actuel, communément appelé crédit bancaire, est entièrement artificiel, créé par certains hommes, qui ont le monopole de sa création et sa distribution. Étant purement symbolique, il n’est sujet à aucune limitation : il est aussi facile d’écrire un million que dix euros. L’argent ou crédit bancaire naît toujours sous forme de dette, c’est-à-dire, sous forme de prêt remboursable à ceux qui créent l’argent… L’argent est ainsi le moyen d’obtenir la dictature la plus globale qui ait jamais existé sur les êtres humains. Pensons au pouvoir que cette dictature exerce sur tous les aspects de nos propres vies, et tous les médias, influences et institutions qui pèsent sur nous. Cet intérêt, à la base de la création de l’argent, cause le problème économique mondial actuel : les États sont devant une impossibilité mathématique de rembourser. La banque crée certes le capital qu’elle prête, mais elle ne crée pas l’intérêt qu’elle exige en retour.

Exemple : supposons que la banque vous prête 100 euros, à 10 % d’intérêt. La banque crée 100 euros, mais vous demande de rembourser 110 euros. Vous pouvez rembourser 100 euros, mais pas 110 euros : les 10 euros pour l’intérêt n’existent pas, puisque seule la banque a le droit de créer l’argent à partir de rien, et elle n’a créé que 100 euros, pas 110 euros. Le seul moyen de rembourser 110 euros quand il n’existe que 100 euros, c’est d’emprunter aussi ces 10 euros à la banque… et votre problème n’est pas réglé pour autant, il n’a fait qu’empirer : vous devez maintenant 110 euros à la banque, plus 10 % d’intérêt, soit 121 euros… et plus les années passent, plus les dettes s’accumulent : il n’y a aucun moyen de s’en sortir.

Remarquons bien qu’à un taux d’intérêt de seulement 1 %, la dette serait encore impayable : si on emprunte 100 euros à 1%, on devra rembourser 101 euros à la fin de l’année, alors qu’il n’existe que 100 euros. Cela signifie que tout intérêt demandé sur de l’argent créé, même à un taux de 1%, est ce qu’on nomme de l’usure : un vol légal. Certains pourront dire que si on ne veut pas s’endetter, il ne faut pas emprunter. C’est tout à fait juste. Mais si personne n’empruntait d’argent de la banque, il n’y aurait tout simplement pas un euro en circulation : pour qu’il y ait de l’argent dans le pays, ne serait-ce que quelques euros, il faut absolument que quelqu’un — individu, compagnie ou gouvernement — les emprunte de la banque, à intérêt. Et cet argent emprunté de la banque ne peut pas rester en circulation indéfiniment : il doit retourner à la banque lorsque le prêt vient à échéance… accompagné de l’intérêt, évidemment.
L’usure ou prêt à intérêt consiste à prêter une somme d’argent à quelqu’un pour un temps donné, qu’il devra ensuite rembourser intégralement mais en payant en plus une somme que l’on nomme « intérêt » et qui représente une sorte de loyer versé pour la « location » de l’argent prêté.

Il s’agit donc de faire des profits sur les besoins de l’emprunteur. Très récemment, les clercs occidentaux ont imposé une distinction entre « usure » et « prêt à intérêt », l’usure étant un prêt à un intérêt très fort. Comme on le verra prochainement, chez les Pères et Docteurs, il n’existe à l’origine aucune distinction entre ces deux termes.

(1) En 1953, Georges Pompidou entra à la banque Rothschild où il occupa les fonctions de directeur général et d’administrateur de nombreuses sociétés. Il s’installa à l’Élysée le 15 juin 1969. Son mandat fut écourté par son décès le 2 avril 1974 à Paris. Le 3 janvier 1973, réforme de la Banque de France : dans la loi portant sur la réforme des statuts de la Banque de France, nous trouvons en particulier cet article 25, très court : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France. » Ce qui signifie en termes obscurs que l’article 25 interdit à la Banque de France de faire crédit à l’État, condamnant la France à se tourner vers des banques privées et à payer des intérêts. Avant cette loi, quand l’État empruntait de l’argent, il le faisait auprès de la Banque de France qui, lui appartenant, lui prêtait sans intérêt. Auparavant, l’État français avait le droit de battre monnaie. Avec cette nouvelle loi, il perd ce droit qui est du même coup légué aux banques privées, qui en profitent pour s’enrichir aux dépens de l’État en lui prêtant avec intérêt l’argent dont il a besoin. L’accroissement sans fond de la dette publique trouve son origine précisément dans cette loi. Le traité de Lisbonne entérine cette loi à l’article 123. Le prix Nobel d’économie Maurice Allais contestait cette création de l’argent ex nihilo : « Il est aujourd’hui, pour le moins paradoxal de constater que, lorsque pendant des siècles l’Ancien Régime avait préservé jalousement le droit de l’État de battre monnaie et le privilège exclusif d’en garder le bénéfice, la République démocratique a abandonné pour une grande part ce droit et ce privilège à des intérêts privés. »

Dettes impayables et esclavage déguisé

Cela signifie que si l’on veut simplement conserver le même montant d’argent en circulation, année après année, il faut accumuler des dettes impayables. Dans le cas des dettes publiques (des États), les banquiers se contentent de se faire payer l’intérêt sur cette dette. Est-ce une faveur qu’ils nous font ? Non, cela ne fait que retarder l’impasse financière de quelques années, sur les générations suivantes car au bout d’un certain temps, même l’intérêt sur la dette devient impayable. La levée d’hypothèques permet ainsi aux banques de mettre la main sur le patrimoine des pays.

La dette de la France à la fin 1979 était de 239 milliards d’euros. La dette à fin 2008 s’établit à 1 327 milliards d’euros ! Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1 088 milliards d’euros et nous avons payé 1 306 milliards d’euros d’intérêts. 1327 – 1306 = 21 milliards d’euros ! Si nous avions pu créer notre monnaie via la Banque de France — faire exactement ce qu’ont le droit de faire les banques privées —, la dette publique serait quasiment inexistante aujourd’hui. Georges Pompidou a été le directeur général de la banque Rothschild. Il en était l’employé : il n’est par conséquent pas étonnant qu’il ait fait cette loi du 3 janvier 1973 qui interdit à l’État français de battre monnaie et qui a endetté la France d’une façon structurelle et incommensurable auprès de banques privées comme la banque Rothschild. Et c’est ainsi dans tous les pays du monde.

Il est impossible de rembourser la dette, puisqu’elle est faite d’argent qui en réalité n’existe pas. Plusieurs pays du Tiers-Monde ont réalisé l’absurdité de cette situation et ont cessé de payer les intérêts sur leur dette. Car, en réalité, ces prêts aux pays du Tiers-Monde (1), loin de les aider, ne font que les appauvrir, puisque ces pays doivent s’engager à remettre aux banquiers plus d’argent que ces derniers leur ont prêté, ce qui forcément rend l’argent plus rare parmi le peuple, et le condamne à vivre en esclave.

Mais un pays peut-il fonctionner sans emprunter l’argent-dette créé par les banquiers ? Cette situation est seulement légale et le produit de l’histoire. Les peuples peuvent sortir de cet engrenage si les décideurs politiques le veulent vraiment : ce n’est pas le banquier qui donne à l’argent sa valeur, mais la production du pays. Sans cette production objective de tous les citoyens du pays, les chiffres prêtés par le banquier ne vaudraient absolument rien. Par conséquent, en réalité, puisque cet argent nouveau est basé sur la production de la société, cet argent appartient aussi à la société. La simple justice demande donc que cet argent soit émis par la société, sans intérêt, et non par les banques privées. Au lieu d’avoir un argent émis par les banques, un crédit bancaire, on aurait un argent créé par la société, un crédit social. Pour cela, il faut que les chefs politiques prennent des décisions souveraines.
(1) Sauf dans le cas de catastrophes naturelles, l’extrême pauvreté et la famine dans le Tiers-Monde, dont nous entendons tant parler, sont causées par des hommes, et lorsqu’elles ne sont pas dues à la guerre, à la révolution ou au désordre civil, sont dues au mauvais traitement des pressions financières bancaires.

L’Évangile et le prêt à intérêt

L’Église catholique était à l’origine très opposée à la pratique de l’intérêt, fondant sa position ferme sur le texte biblique très explicite. Mais sous l’impulsion de Calvin (1509-1564) (NDLR : portrait ci-dessus), les protestants libéralisèrent la pratique qui par la suite se répandit à l’ensemble de la communauté chrétienne. Il fallait au début cependant respecter une limite morale (ne pas pratiquer un taux d’intérêt trop fort). L’intérêt sur l’argent est à la fois illégitime et immoral, contraire au bien commun. Réclamer un intérêt sur l’argent créé est donc un crime que rien ne saurait justifier : c’est exploiter la misère de l’autre sans y remédier. En fait, la seule fois dans l’Évangile où il est mentionné que Jésus fit usage de violence, c’est justement pour condamner cet intérêt exigé sur l’argent créé, lorsqu’il chassa les changeurs d’argent du Temple avec un fouet, et renversa leur table (Mt 21.12-13 et Mc 11.15-19).

On sait maintenant en effet qu’il existait alors une loi qui stipulait que la dîme ou taxe au temple de Jérusalem devait être payée par une pièce de monnaie spéciale, appelée demi-shekel du sanctuaire, dont les changeurs d’argent s’étaient justement arrangés pour obtenir le monopole. Il y avait plusieurs sortes de pièces en ce temps-là, mais les gens devaient obtenir cette pièce spécifique pour payer leur dîme et accomplir la Loi. De plus, les colombes et les animaux que les gens devaient acheter pour les offrir en sacrifice ne pouvaient être achetés autrement que par cette monnaie, que les changeurs d’argent échangeaient aux pèlerins, mais moyennant de deux à trois fois sa valeur réelle en temps normal.

Jésus renversa leur table et leur dit : Ma maison est une maison de prière, et vous en avez fait une caverne de voleurs.
Quand le Christ s’attaqua au système économique établi juif et chassa les profiteurs, l’hostilité juive s’accrut. Le jour suivant, il était questionné, trahi le second, jugé le troisième, et exécuté le quatrième jour.

Comme nous le verrons prochainement avec le système de crédit social, l’Église encourage le don gratuit. La création des monts-de-piété qui prêtaient sans intérêt ou à un faible taux (pour l’époque : inférieur à 5 %) allait dans ce sens (validée en 1515). L’’idée du mont-de-piété est née en 1462, quand un moine, Michele Carcano de Milan, chercha un moyen de combattre l’usure et les taux d’intérêt abusifs pratiqués à l’époque. Il fut alors à l’origine de la création du Monte di Pietà, à Pérouse en Italie. Dix ans plus tard, le Monte dei Paschi di Siena fut établi à Sienne avec le même objectif.

L’enseignement constant de l’Église catholique

Les Écritures contiennent plusieurs textes qui condamnent clairement le prêt à intérêt : De 23.19 ; De 15.9 ; Ex 22.25 ; Lé 25.35-37 ; Éz 18.8 ; Éz 13.7 ; Éz 22.12 ; Mt 21.12 ; Mc 11.15-19.

Avant la Révélation du Nouveau Testament, Aristote est celui qui donne les principes communs de l’ordre naturel. Il analyse le prêt à intérêt : « Mais, comme nous l’avons dit, l’art d’acquérir la richesse est de deux espèces : l’une est sa forme mercantile, et l’autre une dépendance de l’économie domestique ; cette dernière forme est nécessaire et louable, tandis que l’autre repose sur l’échange et donne prise à de justes critiques (car elle n’a rien de naturel, elle est le résultat d’échanges réciproques) : dans ces conditions, ce qu’on déteste avec le plus de raison, c’est la pratique du prêt à intérêt parce que le gain qu’on en retire provient de la monnaie elle-même et ne répond plus à la fin qui a présidé la création. Car la monnaie a été inventée en vue de l’échange, tandis que l’intérêt multiplie la quantité de monnaie elle-même. C’est même là l’origine du mot “intérêt” : car les êtres engendrés ressemblent à leurs parents, et l’intérêt est une monnaie née d’une monnaie. Par conséquent, cette dernière façon de gagner de l’argent est de toutes la plus contraire à la nature. » (Politique, livre I, 10, traduction par J. Tricot).

Aristote condamnait lui aussi le prêt à intérêt : l’argent, n’étant pas une chose vivante, ne pouvait donner naissance à d’autre argent : L’argent ne fait pas de petits, disait-il. De plus, les pères de l’Église, depuis les temps les plus anciens, ont toujours dénoncé sans équivoque l’usure.

Saint Léon (vers 450) : « Le profit usuraire de l’argent, c’est la mort de l’âme. » Saint Ambroise dit aussi : « Qu’est-ce que le prêt à intérêt, sinon tuer un homme ? » Saint Jean Chrysostome : « Rien n’est plus honteux, ni plus cruel que l’usure. » Saint Léon : « C’est une avarice injuste et insolente que celle qui se flatte de rendre service au prochain alors qu’elle le trompe… Celui-là jouira du repos éternel qui entre autres règles d’une conduite pieuse n’aura pas prêté son argent à usure… tandis que celui qui s’enrichit au détriment d’autrui, mérite en retour la peine éternelle. »

Saint Thomas d’Aquin (illustration ci-dessus), docteur commun de l’Église catholique, dans sa Somme théologique (IIa-IIae, qu. 78), résume l’enseignement de l’Église sur le prêt à intérêt : « Il est écrit dans le livre de l’Exode (22.24) : “Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, tu ne seras point à son égard comme un créancier, tu ne l’accableras pas d’intérêts.” Recevoir un intérêt pour l’usage de l’argent prêté est de soi injuste, car c’est faire payer ce qui n’existe pas ; ce qui constitue évidemment une inégalité contraire à la justice… c’est en quoi consiste l’usure. Et comme l’on est tenu de restituer les biens acquis injustement, de même l’on est tenu de restituer l’argent reçu à titre d’intérêt. »

Commentant le passage sur la parabole des talents (Mt 25.14-30 et Lu 19.12-27), qui, à première vue, semble justifier l’intérêt : « Serviteur mauvais… tu aurais dû placer mon argent à la banque, et à mon retour, j’aurais retiré mon argent avec les intérêts », saint Thomas d’Aquin écrit : « Les intérêts dont parle l’Évangile doivent s’entendre dans un sens métaphorique ; ils désignent le surcroît de biens spirituels exigé par Dieu, qui veut que nous fassions toujours un meilleur usage des biens qu’il nous a confiés, mais c’est pour notre avantage et non pour le sien. » Ce texte de l’Évangile ne peut donc en aucun cas justifier l’intérêt puisque, dit saint Thomas, on ne peut fonder un argument sur des expressions métaphoriques.

Un autre texte sujet à interprétation est celui de De 23.20-21 : « Tu n’exigeras de ton frère aucun intérêt, ni pour un prêt d’argent, ni pour du grain, ni pour autre chose. Tu ne pourras recevoir d’intérêt que d’un étranger. »
Saint Thomas explique : « Il était interdit aux Juifs de toucher un intérêt de la part de “leurs frères”, c’est-à-dire des autres Juifs ; ce qui donne à entendre que percevoir l’intérêt d’un prêt, de quelque homme qu’on le reçoive, est mal, absolument parlant. Nous devons, en effet, regarder tout homme “comme notre prochain et notre frère” surtout d’après la loi évangélique qui doit régler l’humanité. Aussi le Psalmiste, parlant du juste, dit-il sans restriction : “Il ne prête pas son argent à intérêt” (14.4), et Ézéchiel (18.17) : “Il ne pratique pas l’usure, et ne prend pas d’intérêts.” »

Si les Juifs étaient autorisés à recevoir un intérêt de la part des étrangers, dit saint Thomas, c’était une tolérance pour éviter un plus grand mal, de peur qu’ils ne perçussent des intérêts sur les Juifs eux-mêmes, adorateurs du vrai Dieu. Saint Ambroise, commentant le même texte (« Tu pourras prêter à intérêt aux étrangers »), voit dans le mot « étrangers » le sens d’« ennemis » et conclut : « À celui auquel tu désires légitimement nuire, à celui contre lequel tu prends justement les armes, à celui-là tu peux à bon droit prendre des intérêts. »Saint Thomas admettra la poena conventionalis : indemnité si l’échéance n’est pas respectée. « Le débiteur qui retient l’argent de son créancier au-delà du terme fixé lui fait tort… On fait tort à son prochain en l’empêchant de recueillir ce qu’il avait l’espoir légitime de posséder. Et alors la compensation n’a pas à se fonder sur l’égalité, parce qu’une possession future ne vaut pas une possession actuelle » (Somme théologique : IIa-IIae).

Le docteur commun admet aussi le damnum emergens et lucrum cessans : deux préjudices causés au créancier (perte – impôts – et gain empêché) à rembourser selon saint Thomas d’Aquin : « Dans son contrat avec l’emprunteur, le prêteur peut, sans aucun péché, stipuler une indemnité à verser pour le préjudice qu’il subit en se privant de ce qui était en sa possession ; ce n’est pas là vendre l’usage de l’argent mais recevoir un dédommagement. »

En 1311, au concile de Vienne, le pape Clément V a déclaré nulle et vaine toute la législation civile (positive) en faveur de l’usure, et « si quelqu’un tombe dans cette erreur d’oser audacieusement affirmer que ce n’est pas un péché que de faire l’usure, nous décrétons qu’il sera puni comme hérétique et nous ordonnons à tous les ordinaires et inquisiteurs de procéder vigoureusement contre tous ceux qui seront soupçonnés de cette hérésie ».

Le 1er novembre 1745, le pape Benoît XIV publiait l’encyclique Vix Pervenit, adressée aux évêques italiens, au sujet des contrats, où l’usure, ou prêt à intérêt, est clairement condamnée. Le philosophe économique écossais Adam Smith (1723-1790) consacre un chapitre de La Richesse des Nations au taux d’intérêt (II, 4) en distinguant intérêt et usure (taux trop élevé). Il estime par ailleurs que par l’usure le capital est au risque de l’emprunteur qui est comme l’assureur de celui qui prête. Chez Smith, c’est finalement celui qui a besoin qui devient l’assureur de celui qui possède. K. Marx (1818-1883) a aussi étudié le taux d’intérêt (Capital, III). L’analyse économique marxiste observe que le système de crédit permet à des groupes privés de s’enrichir sans travailler à la sueur de leur front et même sans participer aux échanges économiques légitimes. On voit ainsi des plus-values s’accumuler sur des individus qui se contentent de jeux d’écritures. Boukharine (1888-1938) les nommera les parasites.

Le 29 juillet 1836, le pape Grégoire XVI étendait cette encyclique à l’Église universelle. Il y est écrit : « L’espèce de péché qu’on appelle usure, et qui réside dans le contrat de prêt, consiste en ce qu’une personne, s’autorisant du prêt même, qui par sa nature demande qu’on rende seulement autant qu’on a reçu, exige qu’on lui rende plus qu’on a reçu et soutient conséquemment qu’il lui est dû, en plus du capital, quelque profit, en considération du prêt même. C’est pour cette raison que tout profit de cette sorte qui excède le capital est illicite et usuraire. »

Et certes, pour ne pas encourir cette note infamante, il ne servirait à rien de dire que ce profit n’est pas excessif, mais modéré ; qu’il n’est pas grand, mais petit… En effet, la loi du prêt a nécessairement pour objet l’égalité entre ce qui a été donné et ce qui a été rendu… Par conséquent, si une personne quelconque reçoit plus qu’elle n’a donné, elle sera tenue à restituer pour satisfaire au devoir que lui impose la justice dite commutative…

En 1891, le pape Léon XIII écrivait dans son encyclique Rerum Novarum : « Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain, et d’une insatiable cupidité… »

L’enseignement constant de l’Église sur le sujet est donc très clair. Et en dépit de la constance du magistère dans le sens contraire, la pratique a fait tellement de chemin que, pour ne pas perdre dans la concurrence endiablée autour de la fécondité de l’argent, tout le monde aujourd’hui est entraîné dans cette structure de péché comme s’il était naturel pour l’argent de faire des petits. L’Église n’a pas fondamentalement modifié son enseignement, mais des compromissions successives font qu’il lui est devenu impossible d’en exiger l’application.

La distinction entre intérêt et dividende

Supposons que j’ai besoin de cinq mille euros pour améliorer mon potager mais ne les ai pas. Mon voisin les possède et n’en a pas besoin d’ici quelques semaines. Il me les prête. Je crois qu’il sera convenable pour moi de lui marquer ma reconnaissance en lui passant une petite partie des produits que j’obtiens grâce au capital producteur que j’ai ainsi pu me procurer. C’est mon travail qui a rendu son capital profitable, oui. Mais ce capital lui-même représente du travail accumulé. Nous sommes donc deux, dont les activités passées pour lui, présentes pour moi, font surgir de la production. Le fait pour lui d’avoir attendu à tirer sur la production du pays en récompense de son travail, m’a permis à moi d’obtenir des moyens de production que je n’aurais pas possédés sans cela.

Nous pouvons donc diviser les fruits de cette collaboration. La production due au capital est à déterminer, par l’entente et par l’équité. Ce que mon prêteur va retirer dans ce cas est, à proprement parler, un dividende (nous avons divisé les fruits de la production). Le dividende est parfaitement justifiable, lorsqu’il y a production fructueuse. Et par conséquent l’argent peut réclamer des dividendes lorsqu’il y a fruits. Autrement, non. Mais pour permettre cela, il faut que l’augmentation de la production crée automatiquement une augmentation d’argent. Sinon, le dividende, tout en étant parfaitement dans l’ordre, devient impossible à satisfaire en pratique. Dans l’exemple des cinq mille euros qui ont servi à acheter par exemple des outils, le prêteur a droit à une partie des résultats, puisque la production a augmenté grâce à son prêt : s’il accepte d’être payé en produits, pas de problème. Mais si c’est de l’argent qu’il demande, c’est une autre affaire puisque, même si la production a augmenté, il n’y a pas eu d’augmentation correspondante d’argent en circulation. Le système du crédit social (1), qui fait naître l’argent nouveau sans intérêt, au rythme de la production nouvelle, règlerait le problème.

Notre-Seigneur a chassé les changeurs d’argent du Temple. Notre soumission avilissante n’est pas conforme à l’Évangile du Christ. N’est-il pas temps de chasser les financiers internationaux et leur système prédateur d’argent-dette, et d’installer un système d’argent honnête et sans dette, un argent émis par le travail de tous ? Nous sommes prisonniers d’un faux système inhumain dominé par l’argent-dette : ce réel mensonger doit être dénoncé au nom du Christ et de son Évangile.

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Quelques citations des autorités catholiques :
« Les banquiers, qui ont le pouvoir de créer l’argent, ne sont en droit que les dépositaires et gérants du capital financier. Ils veulent nous mener au point où, pendant la moitié de l’année, nous vivons de ce crédit, et l’autre moitié, travaillons pour les taxes. Par-là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer. » Pie XI, Quadragesimo Anno, n° 106.

« L’État… est tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument de toutes les passions et de toutes les ambitions de l’intérêt. » Quadragesimo Anno, n°109.

« Un peu partout, au nom des lois du marché, on oublie les droits de l’homme. Ceci survient par exemple lorsque l’on estime que le profit économique justifie la perte du travail pour quelqu’un qui, en plus du travail perd la possibilité de vivre et de pouvoir faire vivre sa famille. Ceci survient aussi lorsque, pour augmenter la production, on refuse à celui qui travaille le droit de se reposer, de s’occuper de sa famille, de programmer sa vie de tous les jours. C’est toujours ainsi lorsque la valeur du travail est définie non pas en fonction de l’effort de l’homme mais du prix du produit, et ceci a également pour conséquence que la rémunération ne correspond pas à la fatigue. » Jean-Paul II, Sosnowiec, Pologne, le 14 juin 1999.

« La société occidentale n’est-elle pas devenue un gigantesque développement de la parabole biblique du riche qui festoie et du pauvre Lazare ? L’ampleur du phénomène met en cause les structures et les mécanismes financiers, monétaires, productifs et commerciaux qui, appuyés sur des pressions politiques diverses, régissent l’économie mondiale : ils s’avèrent incapables de résorber les injustices héritées du passé et de faire face aux défis urgents et aux exigences éthiques du présent. » Jean-Paul II, Redemptor Hominis, n° 16.

La position de l’Islam sur le prêt à intérêt

Le Coran condamne l’usure, tout comme la Bible chrétienne. Mais les musulmans ont pris ces paroles au sérieux, et ont établi, depuis 1979, un système bancaire en accord avec les règles du Coran : les banques prêtent sans intérêt, et au lieu de payer des intérêts aux déposants, elles les associent aux projets dans lesquels elles investissent : si ces projets font des profits, les banques partagent ces profits avec leurs déposants. Comparé au système usuraire actuel, c’est une tentative plus qu’honorable de mettre le système bancaire en accord avec les lois morales.

En Islam, tout prêt à intérêt est prohibé, quel que soit son taux. L’interdiction du prêt à intérêt (Riba), dont la pratique différencie principalement le système bancaire international actuel du système bancaire islamique, est considérée comme l’ultime barrière au développement ultime du mondialisme financier.

À l’époque de l’invention du Coran (NDLR : de son apparition), la pratique du prêt à intérêt était très répandue dans les sociétés arabes. Au sujet de l’usure : « Ô croyants ! Craignez Dieu ; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part de Dieu et de Son messager. Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne, et vous ne serez point lésés. » Coran, Sourate II, versets 278 et 279.

« Ceux qui mangent [pratiquent] de l’intérêt usuraire ne se tiennent (au jour du Jugement dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé. Cela, parce qu’ils disent : “Le commerce est tout à fait comme l’intérêt” Alors qu’Allah a rendu licite le commerce, et illicite l’intérêt. » Coran, Sourate II, verset 275.

Les théologiens musulmans ont déduit que le croyant musulman ne devait donc pas prêter son argent à intérêt, ni même avoir recours au prêt à intérêt. Devant l’apparition des nouvelles pratiques bancaires judéo-protestantes, au cours du XXe siècle, les savants musulmans se sont interrogés. En 1979, une commission de juristes musulmans venus de 36 pays s’est réunie en Égypte, à al-Azhar, afin de statuer sur la question de l’intérêt. Ils confirmèrent unanimement cette prohibition.

Le principe du rejet du prêt à intérêt est une caractéristique fondamentale du système bancaire islamique mais il diffère du système bancaire judéo-protestant (2) à d’autres titres et notamment par le rapport particulier que joue la banque islamique dans ce système. En effet la banque islamique n’est pas un simple pourvoyeur de fond intéressé uniquement aux garanties offertes par les emprunteurs, encore moins un simple coffre de dépôt de valeurs, mais un véritable partenaire de l’entrepreneur emprunteur. La banque islamique offre à ce titre des nombreux services de gestion à ses clients, afin de les soutenir dans leur entreprise et assurer ainsi une activité économique saine et profitable aux deux partenaires.

Nous nous trouvons ici en face d’un système bancaire finalement plus proche de la doctrine sociale de l’Église catholique que le système judéo-protestant.

(1) Le système du crédit social est en accord avec la doctrine sociale de l’Église catholique. Il semble donc que les propositions financières du crédit social permettraient de sortir de ce cercle vicieux. Ces principes nous permettront de comprendre et la situation dans laquelle nous sommes enfermée et apporteront des solutions qui incarneront le catholicisme dans la vie économique. Ce crédit libre de dette est la seule sortie possible si l’on veut éviter aux générations futures l’esclavage généralisé.
(2) La notion protestante puritaine affirmant qu’il est mal de recevoir « quelque chose pour rien », même s’il s’agit des dons gratuits du Créateur, n’est pas catholique. Selon cette logique puritaine, nous devrions « mériter » ce que nous recevons par la « sueur de notre front » dans un emploi, quel qu’il soit. Ne peut-on pas dire que sans doute une bonne partie de ceux qui occupent un poste pour occuper un poste devraient plutôt s’occuper de leur maison et de leur famille, cultiver leur potager, donner un coup de main aux voisins ou autres personnes de leur entourage ?
La conclusion selon moi mériterait un gros bémol (quand on connait les tenants de cette fameuse "finance Islamique")

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:twisted:
"Argent, machinisme, algèbre. Les trois monstres de la civilisation actuelle. Analogie complète"
Simone Weil (1909-1943)

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Fenrir

Re: L’USURE (ANALYSE MATÉRIALISTE ET THÉOLOGIQUE)

Message non lu par Fenrir » mar. 21 janv. 2014 21:30

Ouch ! Sacré pave et qui hélas recèle quelques erreurs et simplifications trompeuses sur les intérêts, les taux et les durées de remboursements...

Mais dans l'ensemble, l'idée est juste.

Le principe de la dette financière est une arnaque complète qui trompe et exploite l'emprunteur.

La finance "islamiste" reste de la finance...

Seule la nationalisation et une banque étatique, mutualiste, coopérative et citoyenne est la solution.

Reste à l'inventer...

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